L’art de la nuance

Distinguer pensées et réalité, douleur et souffrance, désaccord et désamour, religion et spiritualité… L’art de la nuance permet de dissiper notre brouillard mental et constitue en cela une démarche roborative voire thérapeutique.

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Sommaire

- Un pouvoir thérapeutique
- Les pensées ne sont pas la réalité
- La douleur est inévitable, la souffrance est facultative
- Un désaccord n’est pas un désamour
- Ce ne sont pas toujours les plus méritants qui réussissent
- La religion et la spiritualité sont deux choses distinctes
- La vie : une chose musicale

La vie moderne ne nous y pousse pas. Nous avons plutôt tendance à raisonner de manière tranchée, en fonction de croyances constamment renforcées par les algorithmes des réseaux sociaux. La culture des posts et des "statuts" ne favorise pas la complexité et incite à penser en mode slogan.
“Le monde est fait de nuances et nous vivons à une époque qui semble l’avoir oublié”*, regrette François Bourgognon, psychiatre.

Un pouvoir thérapeutique
Pourtant le fait d’apporter des nuances, d’affiner des concepts, de sortir du brouillard mental et de clarifier notre compréhension du monde a un potentiel fortement thérapeutique.
“Sur le plan psychothérapique, je ne connais pas d'approche plus puissante que celle qui consiste à regarder la réalité bien en face, à embrasser l'inconfort que cette réalité suscite en nous, à faire ce qu'il y a à faire, et à continuer d’avancer - du mieux possible, dans la réalité du moment - en direction de ce qui est important pour nous.”*

Les pensées ne sont pas la réalité
La première nuance proposée par François Bourgognon consiste à prendre conscience que les pensées ne sont pas la réalité. Les pensées ne sont pas des faits et nous ne sommes pas nos pensées.
“Nos pensées ne sont rien de plus que des mots ou des images. Tout l'enjeu est donc de les remettre à leur place, pour les employer habillement et retrouver une liberté de choix par rapport à ce qu'elles nous disent.”*

La douleur est inévitable, la souffrance est facultative
Notre société refuse tout inconfort et toute douleur. Il est bien-sûr fondamental de tenter de soulager tout ce qui peut être soulagé mais il faut accepter l’existence de la douleur, ne serait-ce que pour son utilité comme signal d’alerte de notre fonctionnement physique et moral. La souffrance, en revanche, est la couche de mental qu’on rajoute sur la douleur. Il est possible de s’en dispenser, grâce à des techniques méditatives.

“La réalité de la médecine d'aujourd'hui est que nous ne guérissons que relativement peu de maladies”, reconnaît François Bourgognon. “Les infections - lorsque le germe est sensible - et certaines indications chirurgicales sont les exceptions les plus manifestes. Pour le reste, nous accompagnons, nous soulageons, nous soignons, mais nous ne guérissons véritablement qu'un nombre limité d’affections.”*

Un désaccord n’est pas un désamour
Comment trouver le juste équilibre entre le respect de soi et celui des autres ? On peut osciller dans ce domaine entre trois grands types de comportements : être inhibé, agressif ou affirmé.
“Être affirmé, ce n'est pas se mettre au-dessus des autres, mais ce n'est pas non plus se mettre en dessous ; c'est se mettre exactement à la même hauteur, et être à l’aise avec cette idée.”* C’est quelque chose qui s’apprend et nécessite un certain entraînement.

Ce ne sont pas toujours les plus méritants qui réussissent
Les clés de la réussite professionnelle seraient, paraît-il, du côté de la compétence, de l’engagement, de l’exigence, de l’efficacité, de la performance et de l’excellence… La réalité nous montre pourtant de nombreuses organisations dans lesquelles la promotion par l’incompétence est la règle, par exemple dans le monde universitaire. Pour quelle raison ? Parce que, selon François Bourgognon, nommer un incompétent permet de créer de la dette, de s’assurer de sa loyauté future. On aboutit ainsi à une "kakistocratie", un gouvernement par les pires (du grec “kakistos", le pire, et “kratos”, le pouvoir). Il faut parfois prendre en compte cette réalité et s’orienter au mieux, en fonction de ses capacités et de ses valeurs.

La religion et la spiritualité sont deux choses distinctes
Beaucoup de gens confondent spiritualité et religion. On peut pourtant être athée et développer un spiritualité laïque.
“Pas besoin de religion pour avoir une vie spirituelle. Le comprendre a été pour moi à la fois d'un grand réconfort et une libération.”*

François Bourgognon définit la spiritualité, au sens large, comme “une activité de l'esprit qui ne se résume pas à l'exercice de la raison et qui embrasse tout ce qui nous échappe, ce qui dépasse notre entendement”. Il s’agit de faire corps avec le mystère de l’existence, de s’ouvrir aux autres et au monde, de ne pas se détourner de ce qu’on ne comprend pas. Il est question ici “d’admettre la place qui est la nôtre pour habiter au mieux le temps qui nous est imparti”.
Contemplation, quête de sens, valeurs d’amour, de tolérance et de compassion ne sont l’exclusivité d’aucune culture ou tradition religieuse.

La religion, elle, peut intégrer des éléments spirituels mais dans un arsenal de croyances relatives au divin ou à une réalité supérieure, de dogmes, de pratiques rituelles et morales qui, le plus souvent, justifie des structures de pouvoirs.

La vie : une chose musicale
François Bourgognon propose d’autres distinctions importantes, par exemple entre tristesse et dépression, entre acceptation et approbation ou résignation, entre décision et choix… Toutes ces nuances nous amènent à comprendre que nous nous sommes souvent trompés sur ce qu’est l’essence de la vie.
"Nous avons acheté l'idée que la vie est un voyage et que son but est d'arriver quelque part : le succès, l'argent, les médailles ou quoi que ce soit", conclut François Bourgognon. "En vérité, la vie est une chose musicale et nous sommes censés chanter ou danser pendant que la musique joue."*

 

*Nuances, 15 distinctions essentielles pour avancer sur le chemin d’une vie qui a du sens, François Bourgognon, éditions First

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Il n’est pas égoïste de prendre soin de soi

La bienveillance avec soi-même n’est pas une chose largement partagée.
"Bien souvent, nous sommes durs avec nous-mêmes ; bien plus durs que nous ne le serions avec n'importe qui, encore moins avec un ami"*, observe François Bourgognon, psychiatre.
Il est sage d’accepter d’être imparfait, d’avoir des limites.

Beaucoup de gens ont intégré l’idée qu’il est plus important de s’occuper des autres voire de se sacrifier. Se tourner vers soi serait, selon eux, synonyme d’égoïsme.
"Prendre soin de soi n'est pas une perte de temps ni un acte condamnable ; c'est tout simplement pragmatique. La logique est la même que celle qui consiste à remettre de l'essence dans sa voiture lorsque le voyant s'allume pour éviter qu'elle ne tombe en panne."*
Si nous nous ne savons pas entendre les signaux que le corps et le psychisme nous envoient (fatigue, douleurs, troubles du sommeil, sentiment de vulnérabilité, irritabilité, angoisses etc.), nous risquons nous aussi la panne sèche. Et nous risquons alors de faire peser sur les autres le poids de notre négligence.



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